20th and final leg. Lège – Bordeaux – …

Sous le porche, Inès et ses parents me regardent packer Bromitt pour la dernière fois. Je suis toujours le premier surpris de la transition entre tout le bazar étalé autour de moi, à trois sacs, bien sanglés sur le cadre, au-dessus des petites roues.

Relativité des temps de parcours : j’ai 60 km à faire, ça me semble facile et ça l’est.

Après trois heures à pédaler dans les forêts du Médoc encore marquées par les incendies, j’arrive aux abords de Bordeaux. J’ai décidément pris goût au plein air et aux grands horizons ; les entrées de ville, lotissements, rond-points et voies rapides, m’ennuient terriblement.

Un accident, heureusement sans gravité, entre un cycliste et une voiture me rappelle à la vigilance. Je cherche mon chemin dans une zone commerciale, je fais demi-tour avant de rentrer sur l’autoroute et je finis par arriver sur les quais de la Garonne.

Je picore pour la dernière fois mon repas d’abricot sec et d’œuf dur devant un grand immeuble en travaux. C’était le Virgin Megastore, ouvert tous les jours jusqu’à minuit, où j’ai passé des heures à bouquiner et aller chercher les bonnes affaires en musique. J’ai du temps, je flâne dans les lieux où j’ai dilapidé mon prêt étudiant (amour éternel à mes chers parents). Ma laverie est devenu un bar bobo. Le Caf’Art s’est refait une beauté. Et l’homme qui tombe est toujours sur sa corniche de la rue Saint-François.

Je retraverse la ville pour rejoindre Perceval. Il m’ouvre le portail dans sa tenue de travail, pantalon largeot, T-shirt de la menuiserie Bentzinger. Une de ses consœurs menuisière arrive en vélo en même temps que moi. Il me prend dans ses bras, puis il me fait visiter avec fierté la belle maison bordelaise des Compagnons. 

Déception, les boulangers n’ont pas laissé de viennoiseries aujourd’hui. Dans le grand espace du bois, il m’explique avec précision le fonctionnement des machines de son atelier, la dégauchisseuse, la ténonneuse, la mortaiseuse… 

Le chêne du cadre de lit de ses arrières-grands-parents, ramené récemment du Morvan, est déjà devenu l’entame d’un nouveau projet.

Dans les couloirs des salles de classe, on croise des jeunes en tenue, en costume et couleurs au travers de la poitrine, attendant un examen. Je salue ses amis au passage… « Champagne, menuisier / Louis-Antoine, papa de… ».

Je fais des photos pour Olivia, Leonie, Blandine… Il n’aime pas ça, mais il me laisse faire.

Le soir venu, après un bon repas et une bière japonaise ambrée de patate douce, il me sert à nouveau dans ses bras, et remonte sur son vélo tandis que je remonte sur le mien.

C’est lui qui qui marquait le bout de la ligne qui reliait Lille à Bordeaux sur la carte imaginée en rêve.

Mes petites photos de voyage sont devenues un moment d’écriture partagé avec vous. 

J’ai gagné avec moi-même ma partie de 1000 (et trois) bornes.

Demain matin, je prendrai le train. Je ferai un coucou au passage à l’ami Philippe entre Montparnasse et Gare de Lyon.

Je suis arrivé au bout de ma ride, avec l’enthousiasme des copaines et l’amour de ma mifa.

Je renâcle à poster cette dernière note. Je n’ai pas envie de descendre de selle.

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