Je me lève tôt. Aujourd’hui c’est ma presque dernière journée de pédalage, je dois prendre le bac à 11h et si je le rate, le suivant est quatre heures après. Ce soir je serai au bassin d’Arcachon où je passerai le week-end. Lundi, dernière journée en selle, direction Bordeaux et retrouvailles avec le grand fiston à l’arrivée.
Pas question de niaiser. Je pousse sur les pédales. Le matin est clair et frais. Une biche (ou un chevreuil ?) traverse la route quelques mètres devant moi.
Arrivé au bord de la Gironde, je me dis que ce sera plus facile sur du plat, jusqu’à Blaye, pour arsouiller et tenir le cap, mais je me laisse surprendre par un petit raidillon en casse-pattes qui me coupe le souffle. Je mets pied à terre, en me disant que je suis bon pour le bateau suivant. Mais remis en course, quelques instants plus tard, je croise un panneau « 10 km ». C’est faisable, je peux encore arriver à l’embarcadère à temps.
Les marins jouent au Tetris avec les voitures et les camping-cars. Des grappes de cyclistes « textiles » (comme dirait Sandrine) franchissent aussi le gros fleuve boueux.
Il est midi, je n’ai fait qu’une petite moitié de la route. C’est le moment d’affronter les longues routes forestières du Médoc. Je réussis à rater un embranchement dans les grandes trajectoires rectilignes.
J’essaye d’imprimer dans ma mémoire des moments, des lumières, des instants. C’est le debut de la rédaction de cette note, de l’écriture mentale.
À Saumos je fais une pause, posé contre un arbre, je grignote un œuf et quelques abricots secs.
Un homme qui promène un gros chien à la mâchoire carrée m’aborde en voyant Bromitt chargé de sacoches. Il est hôte warmshower (la communauté de cyclotouristes) et m’invite à prendre un café chez lui.
Il habite une grande maison de style landaise en bois blanc et bleu, au milieu d’un carré de pelouse parfaitement tondu.
Il me raconte sa passion pour la généalogie familiale, à la suite du travail amorcé par sa mère.
Fornicolai, un de ses ancêtres, était prestidigitateur. Il s’est produit au culot devant Napoléon III, avant d’abandonner femmes, maîtresses et enfants et de refaire sa vie au Brésil. Plusieurs de ses ancêtres, de ses arrières-grands-mères, semblent avoir quitté précipitamment et avoir été abandonné par leur père ou leur mari. Il me dit que ça n’aurait certainement pas été vécu ou perçu de la même façon aujourd’hui à l’époque des Weinstein et des Depardieu.
On parle bien sûr cyclisme. Il est devenu hôte warmshower en prévision de voyages sur les traces de sa famille. Il constate combien les voyageurs à vélo ont un profil socioculturel aisé. Je n’arrive pas classer cet homme et son gros molosse, à imaginer quel métier il a pu exercer.
Encore quelques kilomètres à faire à travers les Landes pour arriver chez Inès. Elle m’a promis un plouf à l’arrivée de mon périple, dans la piscine de ses parents. Manque de bol, l’eau a viré couleur Jello. Inès en est toute dépitée.
Je suis heureux d’avoir relevé ce petit défi de faire une étape de plus de 100 km. Je m’accroche ma médaille en pensée, au revers de mon maillot « Tour de France ».
Avant d’aller dormir, en parlant de nos lectures, Inès et moi réalisons qu’on est en train de relire la même saga, sur les pas d’Ewilan et d’Ellana la marchombre. Jolie synchronicité amicale.







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