12th leg. Île de Ré 

Chez Catherine et son compagnon Patrick, nous sommes rejoint par leur amie Sandrine. Elle ne passe pas plus d’une ou deux phrases sans de grands éclats de rire. Au moment de déplier le canapé du salon, elle entame une partie de passes de rugby avec son petit sac de couchage, impossible de lui donner un âge, elle est la Peter Pan de la Rochelle. 

Un peu plus tard, alors qu’elle parle hilare de cyclistes « textile », ça fait tilt, je sais à qui elle me fait penser. Sa belle couleur de peau hâlée, ses petites boucles de cheveux blonds me rappelle la tante Marie-Jeanne chez qui j’allais jouer dans la caravane au fond du jardin.

Quand j’ai annoncé mon envie de faire le tour de l’île de Ré, elle a aussitôt “proposé” qu’on fasse la virée ensemble. 

Je leur fais une démonstration de Bromit. Roulage, pliage, les baroudeurs semblent impressionnés.

Patrick me promet que le passage du pont est à chaque fois une belle émotion.

La pluie tombe, on remonte les capuches. Le ciel est bas. Les nuages sont noirs à l’approche de la traversée. Catherine et Patrick ne veulent pas trop pousser, je les dépasse et je me retrouve en pointe, le hordeux dans la bourrasque. Je monte dans le gris, le nuage et le vent. Au pic du pont, je ne sais plus si je suis terrien, marin ou aérien. J’adore. Je mets pieds à terre sur Ré chargé de sensations électriques.

On arrive à la Flotte sous la flotte (hahaha). Nous nous posons pour un petit café dans le premier des chics ports de cette chic île. Et puis avec Sandrine, nous repartons à deux en direction du bout. Je réalise grâce à elle que l’île de Ré est en fait constituée de trois terres reliées par de petits isthmes.

Nous méandrons dans les marais salants. Je me régale du vert au bleu au gris au bleu au vert.

Le village de Loix, un peu excentré, me semble moins guindé.

Sur les conseils de ma guide, je jette un œil au capharnaüm du café du Commerce, au plafond un soleil de pagaie, au mur des statues, des reliques de tout poil. On se promet de revenir prendre un verre un jour.

Tout au bout, c’est le phare des baleines et le petit phare des baleineaux qui marquent les hauts fonds à éviter pour les bateaux. 

J’adore me trouver comme ça dans un finistère. Face à nous de l’autre côté du grand bleu, c’est le Canada, où Sandrine partira rouler solo à vélo pendant quelques mois à l’automne. On se perd vaguement au retour, s’il est possible de se perdre sur une île. C’est pourtant facile, c’est tout droit. Le balisage ne suit pas notre logique. 

Au bord du chemin, j’achète du sel, les sacs sont posés dans des caisses sur des tréteaux ou même dans le coffre d’une vieille 4L. On glisse sa pièce dans une tirelire posée là, et on repart avec sa fleur de sel.

Le soir il y a grand débat. Mange-t-on des galettes ou des crêpes ? complexité du vocabulaire brestois.

Catherine me raconte ses voyages, seule ou en duo, elle a parcouru une bonne partie du globe à bicyclette, du Danube à l’Asie, de la Colombie à l’Espagne… Les découvertes au coin de la route. L’humilité et la simplicité du voyage à vélo, mais aussi savoir que c’est un privilège de voyager ainsi, même à peu de frais.

Catherine, Patrick et Sandrine m’interrogent sur mon métier et mon entre-deux professionnel, ils ne lisent pas de bédé, mais mes histoires les intéressent néanmoins. Il y a très peu de livres chez elle, quelques récits de voyage, un Lonely Planet. Elle me raconte que parfois au hasard de ses voyages, elle dénichait un roman a deux sous dans une auberge de jeunesse pour le plaisir de replonger dans la langue française. Elle a fait toutes sortes de boulots, entrecoupés de grands voyages.

Je comprends que Patrick s’est mis de façon intense au sport à la retraite, il enchaîne les courses à vélo, les triathlons. Le monde est petit, ils étaient à Vourles, il y a quelques jours ! 

Sandrine est podologue, elle a vendu son cabinet il y a quelques temps pour faire des remplacements et pouvoir voyager le reste de l’année.

Aucun des trois n’envisage de voyager sans vélo.

Le soir venu, je m’endors à côté d’une terre bleue comme une orange.

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