Je quitte la maison de Christian au matin du 1er mai, fête des travailleureuses. Des banderoles, faites ou en projet, fruit de toutes les manifestations venues et à venir, encombrent quasi toutes les pièces. Il aimerait en faire une expo un jour, dans une grande ferme à la sortie du village. Un bout d’histoire vivante des luttes.
Des camarades viennent chercher un stand pour vendre le muguet. Une de ses amis est là dans une magnifique robe rouge et noir. A ses oreilles de belles boucles d’oreilles CGT fabriquées par un ami sur une imprimante 3D.
Je reprends la route au creux des haies. Je vironde un peu avant de trouver mon chemin. j’ai envie comme toujours de me retrouver auprès de l’eau, mais les chemins ne sont pas idéals. J’ai une longue étape, je préfère rouler sur les petites routes pour avancer. Je quitte peu à peu le marais humide et ces entrelacs de bouchures et de fossés pour arriver au marais desséché. J’avais trouvé cette appellation rigolote. Maintenant je la comprends de mes yeux. En creusant de grands canaux, les hommes ont asséché de grandes parcelles pour les exploiter. Je roule le long de larges bras d’eau. La chaleur monte peu à peu. Les maisons changent. Les murs dorés en calcaire à un ou deux étages laissent la place aux maisons blanches en rez-de-chaussée et aux tuiles claires ; quelques roses trémières font leur apparition.
Ça semble doux de vivre par ici. Je croise un mannequin de facteur avec son vieux vélo. Un amateur de Jacques Tati ?
J’ai envie de rouler. Je ne m’arrête même pas pour un selfie de ma spécialité, c’est dire.
Le 1er mai, c’est jour de pêche au long des canaux. Comme dirait la chanson des petits, des grands, des jeunes et des vieux. Certains ont mis tout le barnum et leurs pantalons de camouflage, d’autres roupillent sur le talus. Des pêcheurs-tronc me font rire. Ceinturés d’une bouée en forme de mini zodiaque, ils dérivent droit comme des i dans l’eau. On ne voit que leurs bustes. Ce sont un peu les successeurs aquatiques des hommes troncs médiévaux dans leur caisse à savons armés de leurs fers à repasser.
De Marans à Dompierre, une longue ligne droite le long du grand canal, il faut enquiller. La dernière partie jusqu’à la Rochelle se fait en hauteur. Le canal est 10 ou 15 m plus bas dans une sorte de gorge. Quatre échelles de corde sont pendus à un endroit de bas en haut, j’imagine les petits fous qui font des courses verticales.
J’arrive au Vieux-Port de la Rochelle, c’est la cohue, j’erre dans les rues pour trouver un glacier accessible. Mais la glace poire caramel à fleur de sel tiramisu en valait la peine.
Le soir je suis accueilli par Catherine, ma première hôtesse du réseau des cyclotouristes. Elle a voyagé aux quatres coins du monde avec son vélo, elle renvoie l’ascenseur à son tour en accueillant des hurluberlus comme moi.







Laisser un commentaire