Aujourd’hui, je retrouve Sabine et Julien. On s’apprêtait à faire un livre ensemble quand j’ai soudainement disparu de la carte éditoriale. Aujourd’hui c’est l’occasion de renouer le fil de notre échange. Il prépare un album sur la question de l’eau, l’histoire de Julien, le marais poitevin et les grandes mobilisations pour préserver l’eau et notamment lutter contre les méga-bassines.
Julien est batelier, Sabine est dessinatrice, elle connaît le marais depuis qu’elle est toute petite, c’est la fille de son meilleur ami. J’aime beaucoup l’idée de leur duo. La séance de travail va se faire au fil de l’eau.
On retrouve Lucile dans la matinée, elle est archéologue, elle aussi a participé au mouvement Bassines Non-Merci. On la retrouve sur le site d’ancien tumulus. Elle nous guide à travers l’histoire et la protohistoire du lieu. Sous les chênes, on cherche à reconnaître les traces des hommes de l’âge du bronze ou de l’âge du fer.
Sabine écoute, observe. Je la sens hyper attentive à tout ce qui se passe. Je me dis qu’elle est au travail, qu’elle emmagasine des bouts de ses pages à venir.
Au fur et à mesure de la journée, quelques pétales et brindilles vont s’inviter dans sa chevelure et la transformer peu à peu en habitante sylvestre.
On pique-nique chez Jean-Jacques dont le dallage en astrolabe me fascine. Il y a inscrit des destinations rêvées et l’actualité lui a fait rajouter des endroits importants, à commencer par Gaza. Jean-Jacques est remonté comme pas deux contre les asperseurs, les arroseurs, tous ceux qui prônent l’irrigation à tout crin. Je le sens bouillir face à cette fuite en avant et cette absurdité de devoir pomper l’eau dans un territoire de marais.
Malgré son tempérament rigolard et explosif, Jean-Jacques non plus n’est pas très optimiste.
Sabine et julien lui tendent le storyboard où il est dessiné, il ne sait pas trop comment réagir. Il n’est pas sûr de se reconnaître. C’est souvent le cas des témoins qui se retrouve personnages de B.D. On a besoin d’apprivoiser son visage tel qu’une tel qu’une dessinatrice ou un artiste le voit.
Dans la voiture de Sabine, je voyage accoudé à un trampoline de catamaran.
La séance de travail se fait en barque. Julien manie sa grande pigouille en de longs mouvements. Il plante la perche au fond et la remonte avec dextérité entre nous. Le bateau avance de façon sûre et sans coup. Il a un grand sourire, il est heureux de nous emmener chez lui. La lumière est douce entre l’eau et les arbres. Mais au détour d’une phrase, il nous fait aussi réaliser qu’on se promène dans un écosystème détruit. Depuis le début de la balade, nous n’avons croisé aucun héron, aucune loutre, pas un butor dans une roselière, ni même un canard.
La journée se termine à deux avec Christian autour d’une raclette. Il en profite avec moi, son fils n’aime pas du tout le fromage ! Il évoque tout les voyages qu’il a fait avec des jeunes, c’est ce qui l’a fait venir dans ce coin entre les haies et les canaux.












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