8th leg. Rouen – La Riche (vélo vertical)

Petite révision de vélo, quelques gouttes d’huile ici ou là, je prends mon temps pour me préparer, mais j’ai un train à prendre et de fait, je suis en retard. Je finis en quatrième vitesse à mettre les sacs dans les sacs et à tout sangler. Cinq heures de train m’attendent avec un changement pour rejoindre Rouen à Tours en passant par les petites lignes.  En partant, je rêvasse à nouveau devant la grande gare de train de Sotteville et son cimetière de train. J’aurais aimé l’arpenter encore plus quand on habitait là.

Plaisir de me retrouver à nouveau en mouvement et à regarder le paysage. La correspondance est à Mézidon-Canon, sans que personne ne me propose un verre. Je roule dans les rues tranquillement. Le petit château de Canon est très “French Jane Austen”.

À Tours le point vélo me régale : il m’offre une cape à sac imperméable et une gourde pour remplacer ma bouteille rose définitivement percée au pied des falaises normandes (Rip Hello Kitty).

Ce soir je dors chez l’ami Serge. Au bout de la longue rue de la Riche, je passe une porte de garage et j’entre dans un autre monde. Sous le porche, quelques vélos entreposés, un drapeau rouge cousu par la mère de Serge en 1968 et déjà quelques plantes et puis, passé une magnifique porte en menuiserie vitrée, un corridor de verdure. Serge multiplie les plantes qu’on lui laisse en dépôt, il les fait croître, pousser, bouturer. Telle plante a besoin de tel pot de terre, telle autre a besoin de tel pot de plastique. Serge fait son propre mélange avec du terreau de gouttière, du sable de la Loire et la terre de son jardin. Une partie du jardin est abrité. C’est un merveilleux dedans dehors. Et tout au fond au détour de quelques bambous, voilà son atelier où il dessine des planètes lointaines et de surprenants xénomorphes . Car Serge est dessinateur de BD sur la série ”Orbital”, écrite par Sylvain Runberg, que j’avais éditée chez Dupuis. Serge me rappelle la discussion quand je l’avais appelé pour lui proposer le contrat. Il était assis sur le trône quand je lui ai demandé s’il était prêt à se lancer pour 15 ans d’aventure, il m’avait répondu qu’on verrait bien au bout de cinq ans… et nous voilà 20 ans après.

Il est aussi volubile à propos de ses plantes que sur la nourriture ou le vin. Entre deux piles de livres, le voilà qui soulève un torchon et se met à travailler son paton. “Tu auras du pain frais avec ton café demain.” Il tourne la boule au creux de ses mains jusqu’à ressentir la force de la pâte. J’apprends qu’il faut grigner le pain pour qu’il dégaze dans la cocotte. Il nous a préparé du homard offert par un copain. On boit quelques fonds de bouteille de la fête qui a précédé. Celle qui a ma préférence est un vin nature assez fruité sans être sucré, il a pour nom « La peur du rouge, le temps des cerises. »

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