6th leg. Saint-Valery-Sur-Somme – Sotteville-lès-Rouen (via le Tréport et Dieppe)

J’entrouvre les persiennes au petit matin, et je contemple un stupendous morning sommois. La paysage est coulé dans une lumière d’or, des nuages s’effilochent au ras des champs et des bras de mer, en filant depuis le fond de la baie.

Celleux qui me connaissent savent quel est mon repas préféré. Celui du petit matin chez Jacky n’a pas failli !

Je descends des petits escaliers raides comme dans un navire jusqu’à sa cuisine. Il s’affaire de-ci de-là, et tient absolument à ce que je parte bien ravitaillé (Il a fait du vélo de course en Corse). Il me propose des bananes, des kiwis, des pommes. Son autre locataire arrive sur ces entrefaits. C’est un anglais qui construit des chemins de fer, il est venu passer son week-end au festival des trains à vapeur. (La Bd n’est donc pas le seul métier passion). Il a la tête de l’emploi, une grande tête allongée, le teint rose, l’air jovial et une chemise à fines rayures bleues, je traduis du Franglish entre Jacky qui ne parle pas anglais et Graham qui ne parle pas français (et a bu « too much vin rouge » la veille). Pour bien lancer notre journée, notre hôte nous verse son calva maison, à la vanille, pour relever le café.

Au sortir de la ville médiévale, je suis accosté par deux autres Anglais en Brompton. Ils déjeunent sur un banc, ils me recommandent la boulangerie d’à côté. On discute nombre de dents de plateaux et pignon, diamètre de la roue, ils sont très bien dotés : l’un d’un moyeu 14 vitesses pour tout grimper, son ami a le nouveau gravel aux roues de 20 pouces, beaucoup moins « twitchy ».

Je prends le chemin pour récupérer le long de la baie. Ce qui me permet de franchir le cap Horn(u). Ai-je désormais droit de porter un anneau(u) à l’oreille? La route indiquée sur le GPS est submergée. C’est marée haute, comme dans cet épisode mythique pour moi du Mini-Mag, de Patrice Devret.

Apres le cap Horn, je croise le phare de Brighton. Moi qui croyais rester en France. Franck m’attend en fin de matinée aussi je ne m’attarde pas, et je file au gré des dunes.

J’aime ce paysage de bout du monde, un autre Finistère.

Le balisage de l’eurovelo 4 passe dans les marais. Le chemin est caillouteux. Je suis trop concentré sur les nids de poule pour les petits roues, je ne profite pas du paysage, alors je reprends la départementale, tant pis pour les motards, tant mieux pour les mirettes.

J’en aurais bientôt terminé avec les plages de sable, j’ai un peu d’appréhension en voyant les falaises crayeuses de Normandie au loin.

Du bas en Ault, le dénivelé tape dans les mollets. Quelques dizaines de randonneurs aux cheveux argentés s’écartent du chemin en entendant ma sonnette et me lancent quelques applaudissements. Je tiens là ma foule en délire pour l’arrivée de mes 340 premiers kilomètres.

Franck et le général de Gaule m’attendent au Treport. À Dieppe chez Sophie et Franck, je mange un fort bon couscous. Leur fille s’apprête à prendre le ferry. Je suis tenté moi aussi de passer la Manche, mais je débarque plutôt à Rouen, où je réveille ma mémoire des rues pour aller au plus court jusqu’à la casbah de Sotteville et retrouver le gang.

Chasse aux papillons des sensations du jour : 

Adopter la position du flamand rose en bord de route pour s’étirer les gambettes. Faire la Gaufrette en s’enroulant le dos une dizaine de fois pour s’étirer le torse. Ne pas vouloir monter la falaise mais être trop fier de soi une fois en haut à Ault.

Avoir une pensée douce devant la maison « Les cerises ».

Je ne compte plus les occurrences de « L’abri côtier ».

Dans le train, on peut sangler tant bien que mal ses vélos dans l’espace prévu. Pas mal mais ce sont des wagons conçus pour la montagne, avec des racks à skis. la contrôleuse nous explique qu’ils ont commandé les mêmes partout en France.

Laisser un commentaire