5th leg. Quend – Saint-Valery-Sur-Somme

Je me lève dans la brume. La brume se lève quand je pars. 

Dans le Marquenterre des photographes sortent leur gros appareils. Devant nous des petites îles qui parsèment les étangs de vaches à poil (Écosse !) et d’oiseaux. « Il n’y a que des que des mouettes rieuse. » me dit d’un air déçu le birdwatcher. Je lui réponds que je m’en contente tout à fait bien au contraire. Je ne pense pas qu’il est saisi ma profonde satisfaction gastonlagafesque.

Au Crotoy (fort mimi) j’hésite à demander à une bande de filles en tenue EVJF de nous prendre en photo ensemble pour mon pola du jour. Je renonce, je dois être dans le jugement, honte sur moi.

Une plaque m’informe que dans la maison dans mon dos, Jules Verne débuta l’écriture de 20 000 lieues sous les mers. Dans une cabine téléphonique transformée en boîte à livres, c’est Fenimore Cooper qui me fait de l’œil.

Au fond de la baie de Somme, j’entends siffler le train. Je vois des nuages de vapeur, deux vaches courir dans un champ, mais aucun train, je l’ai raté de quelques minutes. J’attendrai le soir à l’arrivée pour enfin le voir faire son entrée dans la petite gare de Saint-Valery.

Serendipité : j’aperçois un panneau « cimetière chinois », curieux et perplexe devant ce signe de l’histoire coloniale, j’oblique. Et j’atterris à Noyelles sur mer dans la fête quinquennalle du train vapeur, c’est l’occasion de beaucoup beaucoup beaucoup communier en pensée avec mon tonton Jean-Pierre, avec qui je partage mon amour du train miniature à vapeur. (je lui ai prêté indéfiniment le seul élément restant de mon circuit d’ado, une loco 231 B.) 

Un couple m’aborde. Ils ont 13 Brompton. Le monsieur est un formidable moulin à parole. « le championnat Brampton en Angleterre, c’est comme Le Mans. départ vélo plié et il ne faut pas se faire dépasser par les premiers… Bla-bla-bla la via Rona… Bla-bla-bla, et là, heureusement que j’ai avec moi un pneu Kojak… Bla-bla-bla. Le circuit des lacs en Suisse, c’est magnifique… » Elle a un style incroyable, veste perfecto jaune, pantalon « à la Matisse ». Ce sont d’anciens cheminots belges à la retraite, ils semblent passer leur vie entre des rides en Brompton et des rassemblements ferroviaires.

Elle a fait un 10 km et a terminé sur le podium. Son poignet est orné de toute une série de bracelet de tissu, elle est bénévole en festival dès que l’occasion se présente.

Le cimetière chinois de  Noyelles est à quelques petits kilomètres. Il accueille les corps de plus de 800 hommes venus suppléer par contrat la main-d’œuvre française au plus près de la ligne de fond de la première guerre. Le panneau reste trop allusif sur leurs conditions de vie et de mort (en particulier de la grippe espagnole en 1920). C’est bouleversant de penser à ces première immigrants chinois en France.

Je ne suis pas parti sur la route pour me couper du bruit du monde, mais pour mieux écouter le bruit de mon cœur.

Arrivée à Saint-Valery accueilli par Jacky dans sa petite maison de pêcheur qu’il tient de sa mère, une « Dujardin » elle aussi. L’autre branche de la famille a pour patronyme « Violette » et son arrière-arrière-grand-oncle accompagna Napoleon en exil (L’ile d’Aix !). Il me laisse choisir ma chambre. Évidemment, je ne résiste pas et je m’installe sous les toits face à la baie de Somme.

Chasse aux papillons des sensations du jour : 

Première carte postale, envoyée depuis Quend. 

Des belles maisons 50’s à vendre à Quend plage, une petite ville balnéaire dans les dunes de la baie de Somme. 

Au détour du chemin, des hennissements et un haras… quand je serai grand, je saurai monter à cheval. 

Je cherche les oiseaux du parc du Marquenterre, j’en entends quelques-uns mais ils ne me semblent pas fondamentalement différents de ceux de Lille. 

Toujours penser à saluer Mesdames les vaches quand on les croise.

Depuis le départ, dans cette région les cimetières militaires succèdent aux monuments aux morts sur lesquels des Poilus agonisent ou s’écroulent. Guerre à la guerre…

Regarder le ciel, c’est regarder les nuages. On peut se lasser d’un ciel trop bleu.

Traverser la baie de Somme au milieu des salicornes. 

Une bouée dans la baie, j’ai l’esprit mal tourné, je vois un poing au majeur tendu.