Aujourd’hui, c’est mon Ventoux perso, le passage du Gris-Nez. En tout cas, l’idée que je m’en fais… ça passe ou ça casse. C’est passé.
Mais d’abord, le départ… la veille j’étais un peu en avance, quand j’ai débarqué au gîte après avoir erré dans les zones commerciales entre Calais et Sangatte. Mon hôtesse m’a donc demandé de passer par le garage où son mari me laisserait une clef. La porte passée, j’ai atterri au paradis du vélocipediste. Des vélos du sol au plafond, un maillot jaune géant suspendu à mi-hauteur. Le monsieur, ancien contrôleur tgv, a laissé libre cours à sa passion de la retape de petite reine quand ils ont acheté la maison. Le matin du départ, il me fait la visite. J’admire un cadre vissé conçu par un avionneur, (la région était en fait pleine de petites manufactures de vélo et d’avion). Il met spontanément de côté un cadre en alu des années 30, à retaper, pour la fois où mon fils passera par là. Une calaisienne pour les dames qui roulaient sur la digue, des courses, et même une moto. On compare les mérites du vélo de gendarme et du vélo de facteur. On s’attarde brièvement sur les cahots de la vie professionnelle. On parle du plaisir de rouler avec ses enfants, de la confiance et du lâcher-prise pour rouler en tandem. On se sert la main, « faites attention aux autres sur la route ».
Chasse aux papillons des sensations du jour :
Partir mais s’arrêter avant d’attaquer la première montée en se prétextant à soi-même un changement de veste. Première côte, réveils du souffle, des cuisses, des genoux, du dos. Regarder la mer vu de haut, les pieds sur terre. Le ballet des ferrys devant Calais. Les houles de jeune blé. Combien faut-il d’hectares pour nourrir une personne ? Dans la descente vers Wissant, je frôle les 50 km/h. Bromit ne fait pas le fier. Je cherche des tracteurs marins mais le seul que je trouve est encore dans son paquet cadeau bleu pétard. Appeler mes parents face à un beau souvenir iodé. Cinétique appliquée : pour bien monter, il est conseillé d’avoir vite descendu ; sinon… casse-pattes. Au cap Gris Nez, sur terre et sur mer, des moutons et des moutons. Sensation écossaise fugace. Un panneau de l’UE de très mauvais goût décrivant un « détroit de migrations », évoquant de superbes oiseaux, sans aucune mention humaine.
Au café des baigneurs où Anthony Burgess résida, je pense plutôt à monsieur Hulot qu’aux Droogs d’Orange mécanique.
Pour aller manger le soir, je reprends mon vélo sans aucun bagage, j’ai l’impression enivrante d’être le belge qui lache son enclume, dans la blague entre le belge qui porte une enclume et l’anglais qui porte une cabine téléphonique dans le désert pour échapper au lion. Plutôt que de boire des spritz sur la chic digue de Wimereux, manger des tagliatelles végé dans un resto familial au thème pirate avant le coucher du soleil.














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