4th leg. Wimereux – Quend

Je quitte un drôle de logement, une maison d’hôtes assez impersonnelle (même si Rackham le Rouge m’attendait dans la chambre). La veille au soir, j’arrive en même temps qu’ un homme à l’air sombre, qui me semble replié sur lui-même, il me dit « fallait que je quitte Arras, on en fait trop vite le tour, fallait que je bouge. » il m’invite à dîner ensemble, je décline, je culpabilise un peu mais j’avais envie d’être seul.

Depuis le haut de Terlincthun, je fais un «  pédaler, c’est tricher ». Je dévale la côte jusqu’à Boulogne, je réussis à arriver au cœur de la ville face à un beau tracteur marin sur la plage.

Pour quitter la ville, très encaissée, la côte s’avère rude. Passé le marché d’Outreaux, je peine à trouver un deuxième souffle. Et là j’entends « how are you my Friend ? ». (On avait dû entendre l’accent anglais de Bromit pour me parler en english). Un coureur se porte à ma hauteur, me met la main dans le dos et me redonne de l’impulsion sur 15 m. Il me rattrape avec son compère en haut de la côte alors que je me suis arrêté pour boire un coup et profiter de la vue du Boulonnais. Ils ont bien 70 ans, ils ont fait le marathon de Paris, ils se remettent en forme…

Au détour d’un vallon, alors que je m’apprête à pousser sur les pédales à fond de balle, la vision d’un château fort de carte postale, c’est l’adorable Hardelot petit château Franco British, de l’arrière-pays du Touquet. Je m’arrête et je déjeune.

Entre Étaples et le Touquet, les longues pistes cyclables se déroulent sans fin au pied de grosses villas cossues, Sur la route un cycliste se met à ma hauteur et jette un œil à mon petit vélo et des bagages. « Ça fait envie, le mien, je l’ai tellement démonté que je ne peux plus le charger comme ça ». (une catégorie particulière d’amateurs de Brompton monte et remonte pièces à pièces pour alléger son vélo au maximum). On fait un bout de piste ensemble, il a un bateau en Belgique, il se demande s’il ne va pas pousser en vélo jusque là-bas et dormir une nuit à bord.

Puis j’arrive à Berck et son festival mondial de cerf-volant. Un commentateur égrène les règles du cerf-volant synchronisé, c’est l’équipe du Canada qui passe alors que j’arrive à la digue. La plage est noir de monde, je flâne. Je salue un Goldo gonflav. Bromit va au pas. 

À la sortie de Berck, le plaisir ineffable de se retrouver à nouveau en plein champ. Serais-je en train de virer ma cutie urbaine ?

Je suis accueilli aux Chambres Saint-Joseph, l’homme qui m’accueille porte une petite croix de bois. L’établissement est une ancienne menuiserie d’où le nom du gîte choisi par le diacre, une petite chapelle est au fond de la cour où les gens du village peuvent venir prier à tout heure.

Au petit déjeuner. L’homme m’apprend que la belle table de bois sur lequel je mange est la toute dernière table fabriquée à la menuiserie avant qu’elle ne ferme au début des années 1990.

Au matin, deux colombes blanches se posent sur la porte de la Chapelle Saint-Joseph. Je pense à avant-hier sur la route, un gros bunker sur lequel était peint en grosses lettres « paix ».